Obtenez ce moment juste et vous obtenez la Florence de la Renaissance. Ratez-le et vous obtenez le Nouvel Homme soviĂ©tique â et les vingt millions de tombes qui lâont accompagnĂ©.
Les deux ont poussĂ© sur le mĂȘme sol : une sociĂ©tĂ© frappĂ©e par une technologie si disruptive quâelle doit reconstruire toute sa reprĂ©sentation de ce quâest un ĂȘtre humain. Nous vivons un de ces moments aujourdâhui. LâIA nâautomatise pas seulement des tĂąches ; elle dĂ©mocratise la cognition elle-mĂȘme â le genre de choc qui, cinq fois auparavant dans lâhistoire, a créé une Renaissance.
Chacune de ces cinq renaissances a commencĂ© dans la disruption et la peur. Chacune a abouti Ă une vision plus pleine de lâĂȘtre humain. Le schĂ©ma est le mĂȘme Ă chaque fois : une nouvelle technologie de distribution rĂ©cupĂšre un savoir enfoui, aidĂ©e par un capital patronal mobile, et donne naissance Ă un nouveau portrait de ce quâest une vie pleinement humaine.
Jâai passĂ© trente ans Ă la frontiĂšre entre lâIA et la biologie : vingt comme professeur Ă Stanford Ă construire Folding@home, dix comme VC. Je vois les trois premiers piliers dâune Renaissance â technologie, savoir, capital â dans mon travail chaque semaine. Des fondateurs qui utilisent lâIA pour concevoir la biologie, des capitaux qui se prĂ©cipitent vers de nouvelles plateformes, des articles de recherche qui deviennent des produits presque du jour au lendemain. Mais il nâexiste pas dâĂ©cole canonique, pas de livre Ă mettre entre les mains dâun adolescent de quinze ans, pas dâesthĂ©tique, pas de modĂšle Ă nommer et Ă imiter pour cette Ă©poque. Je crois que ce quatriĂšme pilier â le nouveau portrait de lâhumanitĂ© â nous revient maintenant de le construire.
Je vois cette absence le plus clairement chez certains des meilleurs bĂątisseurs que je rencontre. Ils ne manquent ni dâintelligence, ni dâambition, ni dâoutils, ni de capital. Ils peuvent vous dire le modĂšle, le marchĂ©, le wedge, le benchmark, le financement, gĂ©nĂ©ralement dans les dix premiĂšres minutes. Ce qui est plus difficile Ă nommer, câest lâĂȘtre humain de lâautre cĂŽtĂ© : ce qui devient plus fort, plus sage, plus capable, plus digne parce que cette chose existe. Ce nâest pas leur Ă©chec. Nous leur avons donnĂ© des outils et du capital avant de leur avoir donnĂ© un portrait.
Câest la fourche que jâai ouverte â Florence ou les tombes. Le quatriĂšme pilier est ce qui les dĂ©partage. Ce nâest pas une dĂ©coration esthĂ©tique ; câest ce qui choisit le futur que nous obtiendrons. Cela semble grandiloquent, mais je pense que câest vrai.
Voici ce que lâhistoire dit du travail de construction de ce portrait.
Cinq Renaissances
« Renaissance » signifie littĂ©ralement « re-naissance ». La renaissance exige la mort. Chacune de ces transitions a Ă©tĂ© ressentie, sur le moment, comme la fin du monde. Chacune sâest avĂ©rĂ©e, avec le recul, ĂȘtre le dĂ©but dâun monde plus vaste â et, surtout, une redĂ©finition de ce que signifie ĂȘtre humain.
Le XIIe siĂšcle (~1100-1200). Pendant quatre siĂšcles, lâOccident latin avait vĂ©cu en rĂ©trĂ©cissement. Les villes romaines se dĂ©peuplaient, avec peut-ĂȘtre une personne sur mille capable de lire, des envahisseurs pressant depuis trois cĂŽtes, et une prĂ©dication apocalyptique traversant les chroniques. Puis, en un seul siĂšcle, tout a Ă©clatĂ© : le savoir arabe traduit Ă TolĂšde, le droit romain ressuscitĂ© Ă Bologne, les Ă©coles cathĂ©drales de Chartres et de Paris devenues les premiĂšres universitĂ©s. Le clergĂ© a perdu son monopole sur lâalphabĂ©tisation, donnant naissance au magister scolastique et au poĂšte-Ă©rudit goliard, comme AbĂ©lard et Thomas dâAquin.
La Renaissance italienne (~1350-1550). En 1347, la peste atteint la Sicile ; en 1351, un tiers Ă la moitiĂ© de lâEurope est mort. Puis Constantinople tombe, la presse de Gutenberg brise le monopole de lâĂglise sur le texte, et deux classes entiĂšres â la noblesse guerriĂšre et le clergĂ© rĂ©gulier â doivent se rĂ©inventer ou voir leur identitĂ© se dissoudre. Il en est sorti lâuomo universale : lâhomme de la Renaissance.
La RĂ©volution industrielle (~1770-1860). Un tisserand de Manchester dont la famille travaillait le mĂ©tier Ă tisser depuis six gĂ©nĂ©rations voit son mĂ©tier devenir inutile en une dĂ©cennie. Les enfants entrent dans les usines Ă sept ans. LâespĂ©rance de vie de la classe ouvriĂšre sâeffondre dans les nouvelles villes. Lâair est visiblement noir Ă midi. Les Luddites brisent les machines parce quâils voient que tout leur mode de vie est en train dâĂȘtre dĂ©truit. De cette rĂ©volution Ă©mergent trois rĂ©ponses concurrentes Ă lâhumanitĂ© : lâhomme fait par lui-mĂȘme, lâartisan romantique et le travailleur universel.
La Belle Ăpoque (~1870-1914). Les hiĂ©rarchies corporatistes engloutissent lâagriculteur indĂ©pendant, le boutiquier et lâartisan en une seule gĂ©nĂ©ration. Chez les intellectuels, lâambiance est apocalyptique : Nietzsche annonce que Dieu est mort, Marx dit que lâouvrier est devenu une marchandise, et lâhomme souterrain de DostoĂŻevski le sait dĂ©jĂ . Et pourtant, lâĂ©poque construit lâacier, lâĂ©lectricitĂ©, la corporation, les bibliothĂšques Carnegie, lâOED, les nouvelles universitĂ©s civiques. Il en est sorti le gentleman-professionnel.
LâaprĂšs-guerre (~1945-1975). Plus de soixante-dix millions de personnes viennent de mourir dans la Seconde Guerre mondiale. LâHolocauste a rĂ©vĂ©lĂ© le mal Ă lâĂ©chelle industrielle cachĂ© au sein dâune civilisation industrielle. La bombe rend lâextinction humaine possible pour la premiĂšre fois dans lâhistoire. Des dizaines de millions de personnes quittent les fermes et les petites villes pour les banlieues. Lâexistentialisme demande si quelque chose a un sens aprĂšs les camps. Deux rĂ©ponses Ă©mergent : lâhomme de famille suburbain et lâautocontrĂŽleur.
Quatre piliers pour construire une Renaissance
Les quatre mĂȘmes piliers apparaissent Ă chacun de ces moments de transition dans lâhistoire â et nous voyons les fondations des trois premiers se former Ă nouveau aujourdâhui.
Un choc de distribution. Chaque Renaissance commence lorsque le savoir se dĂ©place diffĂ©remment â par la pecia, la presse de Gutenberg, le chemin de fer et la poste Ă un penny, les bibliothĂšques Carnegie, ou le livre de poche de masse. Chacun brise le monopole dâun gardien : lâĂglise, la guilde acadĂ©mique, le mĂ©tier de lâĂ©dition. LâIA va plus loin quâaucun dâeux. Gutenberg imprimait les livres ; vous deviez encore faire la rĂ©flexion. Maintenant, la rĂ©flexion elle-mĂȘme est bon marchĂ© ; un agriculteur dans lâIowa peut avoir le raisonnement dâun chercheur scientifique appliquĂ© Ă son sol Ă minuit, et un adolescent Ă Lagos peut avoir un tuteur privĂ© sur nâimporte quel sujet Ă nâimporte quelle heure.
Une rĂ©cupĂ©ration du savoir enfoui. Dâanciens matĂ©riaux reviennent Ă travers les frontiĂšres culturelles : Aristote via lâarabe, les classiques grecs de Byzance qui tombe, la rĂ©cupĂ©ration romantique des traditions populaires, les Grands Livres de lâaprĂšs-guerre. LâhumanitĂ© produit dĂ©sormais plus de savoir quâaucune institution ne peut lire, les percĂ©es restent enfouies dans des revues obscures, et les domaines ne se parlent pas entre eux. LâIA est le redĂ©couvreur de notre Ă©poque. AlphaFold a offert lâexpertise de la biologie structurale aux chimistes, pharmacologues et scientifiques des matĂ©riaux dâun seul coup. Mille AlphaFold arrivent.
Un capital patronal concentrĂ© et mobile. Des familles fortunĂ©es parient des fortunes sur des rendements culturels plutĂŽt que financiers : les rois normands de Sicile sur les traducteurs arabes, les MĂ©dicis sur les Florentins, Carnegie et Rockefeller sur la Belle Ăpoque, Ford et le GI Bill sur les efforts de reconstruction dâaprĂšs-guerre. La richesse concentrĂ©e dans la technologie aujourdâhui est lâĂ©quivalent moderne des MĂ©dicis â mobile, concentrĂ©e, libre de toute contrainte institutionnelle. La question est maintenant de savoir si ce capital moderne est dĂ©ployĂ© comme un mĂ©cĂ©nat de style MĂ©dicis envers des individus, ou comme une extraction de plateforme oĂč le gagnant prend tout.
Un nouveau portrait de ce quâest ĂȘtre humain. Chaque Ă©poque en a finalement produit un : le magister scolastique ; lâuomo universale ; lâhomme fait par lui-mĂȘme, lâartisan romantique et le travailleur universel ; le gentleman-professionnel ; lâhomme de famille suburbain et lâautocontrĂŽleur. Câest la partie la plus importante, et câest le pilier qui nâest pas encore arrivĂ© pour nous. Il nây a aucun exemple de la renaissance de lâIA quâun jeune puisse admirer : aucun livre, aucune Ă©cole, aucune esthĂ©tique, aucun modĂšle.
Les trois premiers piliers se produisent naturellement ensemble, aidĂ©s par la force de la gravitĂ© Ă©conomique. Une nouvelle technologie est par nature un choc de distribution ; la distribution bon marchĂ© fait remonter dâanciens matĂ©riaux ; le capital se concentre autour des nouvelles industries. Ils apparaissent que nous aidions ou non. Le quatriĂšme est diffĂ©rent. Il nâa Ă©tĂ© construit que par des personnes spĂ©cifiques qui se sont assises et ont fait le travail : PĂ©trarque, Castiglione, Smiles, Ruskin, Marx, les bibliothĂ©caires Carnegie, Maslow.
Les gens ressentent ce vide en ce moment mĂȘme, mĂȘme quand ils ne peuvent pas le nommer, parce que lâIA sape simultanĂ©ment les quatre dĂ©fenses historiques de la dignitĂ© humaine. La raison nâest plus un refuge facile si les machines raisonnent plus vite et plus rĂ©guliĂšrement. La fabrication nâest plus assurĂ©e si les machines gĂ©nĂšrent images, prose, musique et code Ă la demande. Le travail ne suffit plus si davantage de travail passe aux machines. MĂȘme le sentiment est moins protĂ©gĂ© que nous le pensions, alors que lâIA mĂ©diatise davantage notre attention et notre intimitĂ©. Sans une nouvelle rĂ©ponse, lâIA dĂ©chire notre Ă©conomie et Ă©rode notre comprĂ©hension de nous-mĂȘmes en quelque chose de mince et de dĂ©fensif.

Comment construire une Renaissance : tout le schĂ©ma, en un coup dâĆil.
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Ce qui est en jeu
Construire les trois premiers piliers sans le quatriĂšme a dĂ©jĂ trĂšs mal tournĂ©. La RĂ©forme a produit cent trente ans de guerre religieuse avant que lâhumanisme ne rattrape son retard. La fin du XIXe siĂšcle nous a donnĂ© les barons voleurs et une bureaucratie impĂ©riale. Mais lâhistoire la plus Ă©difiante est celle de lâUnion soviĂ©tique que jâai mentionnĂ©e au dĂ©but.
Au dĂ©but de la pĂ©riode soviĂ©tique, le taux dâalphabĂ©tisation parmi la paysannerie russe est passĂ© dâun sur cinq Ă prĂšs de 100 % en deux gĂ©nĂ©rations. Le savoir rĂ©cupĂ©rĂ© de Marx et des LumiĂšres europĂ©ennes circulait dans les bibliothĂšques dâĂtat et les grands instituts scientifiques soviĂ©tiques. Le capital patronal se prĂ©sentait sous la forme de tout lâappareil de lâĂtat. Et le portrait Ă©tait aussi concret que celui de Castiglione : le Nouvel Homme soviĂ©tique, enseignĂ© Ă travers les Ă©coles, les affiches, les films, les romans et cent millions de mots de doctrine explicite.
LĂ oĂč cela a mal tournĂ©, câest la liste de contrĂŽle pour notre propre travail. Le quatriĂšme pilier soviĂ©tique faisait de lâhumain un moyen plutĂŽt quâune fin : une entrĂ©e dans le plan quinquennal, et non une personne que le plan Ă©tait censĂ© servir. Il nâautorisait quâune seule vision de ce que lâhumanitĂ© devrait ĂȘtre, imposĂ©e dâen haut Ă travers onze fuseaux horaires, sans modĂšles rivaux autorisĂ©s Ă la concurrencer ou Ă la tester. Il traitait tout ce qui prĂ©existait au Parti (familles, religions, villages, langues maternelles) comme un rĂ©sidu bourgeois Ă liquider plutĂŽt quâun hĂ©ritage sur lequel construire. Et il Ă©tait irrĂ©futable : quand la rĂ©colte Ă©chouait, ce nâĂ©tait pas le modĂšle qui Ă©tait faux ; les koulaks Ă©taient des saboteurs.
Chacune de ces quatre erreurs a été mortelle à grande échelle. Vingt millions de tombes en ont été le coût.
Les Renaissances prĂ©cĂ©dentes ont trouvĂ© leur rĂ©ponse Ă lâhumanitĂ© en Ă©levant ce que la nouvelle technologie dominante ne pouvait pas faire. Lâimprimerie pouvait reproduire le texte mais pas le jugement, donc lâhumanisme a Ă©levĂ© le jugement, le goĂ»t et lâĂ©loquence. La vapeur pouvait produire de la puissance mais pas de sens, donc le romantisme a Ă©levĂ© le sentiment et la nature. La production de masse pouvait faire des biens mais pas de lâexpĂ©rience, donc lâhumanisme dâaprĂšs-guerre a Ă©levĂ© lâauthenticitĂ© et lâautocontrĂŽle.
LâIA peut produire du contenu, mais elle ne peut pas ĂȘtre prĂ©sente. Elle ne peut pas rester avec un parent mourant, garder la foi avec une ville, Ă©lever un enfant, restaurer une maison, ou porter un jugement qui lui coĂ»tera quelque chose. La vie pleinement humaine de 2050 devra relocaliser la dignitĂ© lĂ -dedans : dans la prĂ©sence, lâincarnation, le lieu, le tĂ©moignage, le soin et le jugement avec enjeux. LâIA ne nous dĂ©pouille pas de notre dignitĂ©. Elle nous force Ă la trouver dans ce que nous seuls pouvons faire, ce qui sâavĂšre ĂȘtre la majeure partie de ce qui rendait les vies humaines dignes dâĂȘtre vĂ©cues avant que nous nous confondions en pensant le contraire.
Le travail
Savoir ce que devrait ĂȘtre le quatriĂšme pilier est la moitiĂ© la plus facile. Le construire est le travail â mais lâhistoire donne des exemples de la maniĂšre dont ce travail peut se faire.
Le modĂšle. Ce que les gens reconnaissent, aiment et imitent. La personne de 2050 nâest pas le meilleur ingĂ©nieur de prompt ni lâopĂ©rateur solo le plus optimisĂ©. Câest quelquâun qui dĂ©tient des choses rĂ©elles. Il ou elle est restĂ©(e) assez longtemps avec un mĂ©tier pour que celui-ci le ou la façonne en retour. Il ou elle porte une responsabilitĂ© quelque part de rĂ©el : un conseil scolaire, un conseil municipal, un laboratoire, une salle de classe. Il ou elle appartient Ă un lieu â un bout de terre, un atelier, un studio, une piĂšce oĂč dâautres se rassemblent. Il ou elle est liĂ©(e) Ă un petit nombre de personnes par des obligations mutuelles de longue durĂ©e. Il ou elle a hĂ©ritĂ© dâune tradition consciemment, et la transmet dĂ©libĂ©rĂ©ment. Il ou elle se tient Ă une norme dont ses petits-enfants auront connaissance.
Le livre. Un portrait du modĂšle suffisamment prĂ©cis pour ĂȘtre imitĂ©, avec assez de dĂ©tails pour quâun adolescent de quinze ans puisse se demander « est-ce le genre de personne que je veux ĂȘtre ? » et avoir une rĂ©ponse. La Renaissance italienne avait lâOraison de Pic pour la philosophie et le Cortegiano de Castiglione pour le portrait. Nous avons besoin des deux, et nous nâavons ni lâun ni lâautre.
LâĂ©cole. Ce qui transforme le portrait en personnes rĂ©elles Ă grande Ă©chelle. La Casa Giocosa de Vittorino da Feltre, lâĂ©toile polaire Ă©ducative de la Renaissance italienne, a produit une gĂ©nĂ©ration de princes de la Renaissance. Ces Ă©coles viennent de nouvelles institutions, pas de rĂ©formes des anciennes. Nous avons des candidats prĂ©coces : des organisations de recherche ciblĂ©es, des rĂ©sidences, les collĂšges de grands livres, la nouvelle vague de petites Ă©coles humanistes, mais rien dâintĂ©grĂ©, pas de programme partagĂ©, et presque aucun capital patient orientĂ© ici.
LâesthĂ©tique. La vision sans que personne nâait besoin de lire la philosophie : la perspective, le dĂŽme, le sonnet, la maison de banlieue, la retraite dâEsalen. La plupart des Florentins ne lisaient pas Pic ; ils voyaient le David. LâesthĂ©tique par dĂ©faut de notre Ă©poque est plate, sans friction, optimisĂ©e pour la lisibilitĂ© multiplateforme. Quelquâun doit commander lâĆuvre qui met en lumiĂšre une nouvelle vision.
Le mĂ©chant. Pas nĂ©cessairement un individu, mais ce qui se produit quand le systĂšme dominant de lâĂ©poque fonctionne sans contrĂŽle. LâĂglise mĂ©diĂ©vale Ă©tait le mĂ©chant de lâhumanisme de la Renaissance. Le moulin satanique sombre Ă©tait le mĂ©chant du romantisme. Lâhomme dâorganisation Ă©tait le mĂ©chant de lâautocontrĂŽle dâaprĂšs-guerre. Nos candidats sont dĂ©jĂ visibles : la concentration des capacitĂ©s qui se durcit en captation. La couche des modĂšles de fondation devenant les nouveaux monastĂšres, dĂ©cidant quelles questions mĂ©ritent dâĂȘtre posĂ©es. Lâattention elle-mĂȘme transformĂ©e en compulsion. LâintimitĂ© synthĂ©tique qui chasse la vraie. La dĂ©fĂ©rence cognitive jusquâĂ ce que nous perdions la capacitĂ© de penser elle-mĂȘme.
Mis ensemble, câest un portrait dâagence civique et crĂ©ative, mais aussi de chaleur, de jugement et de prĂ©sence. LâIA peut faire davantage du travail mental ; les humains dĂ©cident ce qui mĂ©rite dâexister, qui cela sert, et quels coĂ»ts ils sont prĂȘts Ă supporter. Nous ne vivrons pas une vie optimisĂ©e pour la production, mais plutĂŽt une vie rendue visible par lâartisanat, le service, le goĂ»t et la responsabilitĂ©. Je mâattends Ă ce quâil y ait de meilleurs portraits que celui-ci. Lâimportant est quâil y en ait un, un portrait de quelquâun qui porte du poids dans le monde, pas de quelquâun qui sâoptimise simplement.
Ă nous de forger
Rien de tout cela nâest impossible. La plupart nâest mĂȘme pas cher. Florence avait peut-ĂȘtre deux mille mĂ©cĂšnes Ă son apogĂ©e. La liste complĂšte des humanistes de la Renaissance qui mĂ©ritent dâĂȘtre nommĂ©s tient sur une seule page. Il ne faut pas beaucoup de monde. Il faut les bonnes personnes, faisant le bon travail, avec intention.
Ce travail ne tient pas en un lundi. Il tient en une dĂ©cennie. Et il a toujours Ă©tĂ© fait par des personnes spĂ©cifiques qui ont choisi une piĂšce et sont restĂ©es avec elle. Le livre. Une Ă©cole. LâesthĂ©tique. Le mode dâĂ©chec qui doit ĂȘtre nommĂ© avec du poids derriĂšre. Le modĂšle qui mĂ©rite dâĂȘtre mentorĂ© dans lâexistence. Choisissez celui qui est le vĂŽtre. Puis tenez-le assez longtemps pour compter.
La nouvelle presse est en train dâĂȘtre inventĂ©e. Le capital est lĂ . Le savoir enfoui revient Ă la lumiĂšre. Trois des quatre piliers sont dĂ©jĂ debout. Le quatriĂšme a toujours Ă©tĂ© construit par des personnes qui ont dĂ©cidĂ© de le faire. Certaines dâentre elles lisent ceci.
Aucune Renaissance avant la nĂŽtre ne savait quâelle en Ă©tait une. Nous le pourrions. Cela nous donne moins dâexcuses, pas plus de certitude. Construisons-la avec intention.
Vijay Pande est le co-fondateur de VZVC, une firme de capital-risque investissant Ă la frontiĂšre de lâIA et des sciences de la vie. Il a auparavant passĂ© une dĂ©cennie comme associĂ© gĂ©nĂ©ral chez Andreessen Horowitz, oĂč il a fondĂ© et dirigĂ© son fonds $3B+ Bio + SantĂ©, et deux dĂ©cennies comme professeur Ă Stanford en chimie, biologie structurale et informatique. Il a créé Folding@home, lâun des premiers projets de calcul distribuĂ© Ă simuler le repliement des protĂ©ines Ă grande Ă©chelle, et a publiĂ© plus de 300 articles scientifiques. Il Ă©crit sur la façon dont la technologie, les marchĂ©s et la culture se dĂ©placent en cycles, et sur ce que nous pouvons construire Ă leurs points de bascule.
DerriĂšre cela : Charles Homer Haskins, The Renaissance of the Twelfth Century. Ada Palmer, Inventing the Renaissance. Richard Goldthwaite, On the Economy of Renaissance Italy. Carlota Perez, Technological Revolutions and Financial Capital. Davidson et Rees-Mogg, The Sovereign Individual. Will Durant, The Renaissance et The Age of Faith.
Jâutilise « Renaissance » de maniĂšre large. La plupart des gens lâutilisent pour la Renaissance italienne ; je lâutilise pour le schĂ©ma, qui ne devient clair quâune fois quâon le voit se rĂ©pĂ©ter. Appelez les autres comme vous voulez : changements de paradigme, grandes vagues, renaissances. Lâimportant est ce quâelles partagent. Jâai choisi ces cinq-lĂ pour la clartĂ© de leurs chocs de distribution et de leurs rĂ©cupĂ©rations de savoir. Je mâappuie surtout sur des cas europĂ©ens parce que ce sont les exemples que je connais le mieux ; le mĂȘme schĂ©ma apparaĂźt vraisemblablement dans la Chine des Tang, la pĂ©riode Gupta en Inde, Bagdad abbasside, la Renaissance bengalie, le Japon Meiji et la cour dâAkbar en Inde ; et la renaissance europĂ©enne du XIIe siĂšcle Ă©tait elle-mĂȘme en aval de la renaissance islamique.





